POUR MARIA
 
© David DUMAY
 
Extrait
 
 
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...... J'arrivai au niveau de Marcelli qui me tournait le dos. Sa femme, à ses côtés, lui toucha le bras pour lui signaler ma venue.
Trônant à proximité d'eux, la fameuse pièce montée, gigantes-que comme la soirée, rencontrait déjà de nombreux gourmands.
- Ah, Thomas ! Vous voilà enfin ! Pas trop accaparé par les autographes ? m'interrogea-t-il, ironique et d'une forte voix. Si je me doutais que vous seriez autant sollicité, je me serais abstenu de faire ce discours. (Manifestement ivre, il m'agrippa avec force à l'épaule). Je crois que vous connaissez déjà ma femme ? (Elle m'adressa un grand sourire.) Mais je ne vous ai pas présenté ma petite princesse… Maria ! hurla-t-il. Où est-elle fourrée, celle-là ?
De toute évidence, il ne nous avait pas vus danser. Mon ventre se noua et mon cœur repartit de plus belle au quart de tour.
- Ici, Papa ! (Une des serveuses qui passait avec un plateau masquait son corps enfantin ) Ne crie pas !
- Ah ! Ma chérie ! Je te présente Thomas…
- Oui ? Celui qui a retardé mon héritage, plaisanta-t-elle, lui coupant la parole.
- Quel humour déplacé ! se plaignit la mariée.
- Enchantée, intervint-t-elle, dans un nouveau rôle de com-position, feignant de me voir pour la première fois.
- Moi de même, Mademoiselle.
- Mais, où sont tes chaussures, Maria ? questionna son père qui avait réalisé qu'elle n'en portait pas.
- Tu connais ta fille, elle aime se distinguer, mon chéri, argua Sandra Marcelli.
- Ah ! La jeunesse ! avança alors Tino à qui je servais de plus en plus d'accoudoir.
- Je te rappelle que j'ai vingt-huit ans, Papa, et que Sandra n'a que quatre ans de plus que moi. Facile à retenir, vous n'avez que vingt ans d'écart.
La tension entre les deux femmes apparaissait palpable, ce qui ne semblait pas perturber Marcelli. J'essayai de ne pas dévorer Maria des yeux. Mon corps, sous l'effet des mélanges bouillon-nait. Je m'allumai une cigarette. Mes mains étaient moites. Je ne tenais plus en place.
- Et vous habitez la région, Thomas ? Que faites-vous dans la vie ? me quémanda Madame Marcelli.
Je n'osai avouer devant Maria et le couple Marcelli mon modeste métier de mécanicien. Je craignais de la décevoir. Je devais me trouver une situation digne de leur rang, mais crédible si l'on me questionnait dessus. Je décidai de continuer à jouer la comé-die, en m'inventant une profession adaptée aux circonstances.
- Oui, je suis né à Nice et j'y ai grandi. D'où le fait que j'y revienne assez souvent en vacances et certains week-ends. Ce-pendant, je vis en Espagne à présent. Sur la Costa Brava, à Cada-qués. Je dirige une concession de voitures de luxe à Gérone. Je vends des Porsche, pour être plus précis.
- Et bien, une fois encore, vous tombez à pic, Thomas ! Je désirais offrir une voiture à ma femme. Une très belle voiture, (il lui caressa la joue). Ce sera son cadeau de mariage.
- Ah oui ? Et quel genre de modèles aimez-vous, Madame Marcelli ?
- Les sportives. J'adore la vitesse !
Maria semblait consternée par la réponse de sa belle-mère.
- Vous entendez, Thomas ? Mon épouse en souhaite une qui en a sous le capot ! En revanche, je compte sur vous pour m'obtenir un bon prix, et surtout j'exige qu'elle en jette. Si je la conduis, je n'aimerais pas passer pour un plouc. Vous m'arrangez ça ?
Ce qui ne devait être au départ qu'un jeu tournait à présent au vinaigre. Je ne maîtrisais plus la discussion dans laquelle je me piégeais et m'engluais.
- Euh… Oui…
Je n'eus pas le temps de finir ma phrase que des fusées s'élancèrent dans le ciel, ouvrant le bal du feu d'artifice qui capta l'attention de tous. Cela me permit de me soulager du poids de Marcelli qui commençait à s'avachir sur moi de plus en plus. Il se redressa et se mit à applaudir.
J'en profitai pour me retourner avec discrétion et renifler un grand coup. Il fallait vite que je boive, ma bouche devenait de plus en plus pâteuse, et je mourrais de soif.
Je me servis de ce prétexte pour me rapprocher de Maria et lui adresser une nouvelle fois la parole.
- Vous buvez quelque chose, Maria ? Je vais me chercher une coupe.
- Vous tenez à me saouler ?
- Oui, pour abuser de vous. Maintenant que je sais où cacher le corps… lançai-je à voix basse. 
Je réussis à lui redonner le sourire et me dirigeai vers le pre-mier serveur dans ma ligne de mire.
- Attendez ! Je me joins à vous, proposa-t-elle, sous le regard inquisiteur de Sandra Marcelli.
- Amusant votre nouveau petit numéro du : "Enchantée de faire votre connaissance", à moins que vous ne souffriez de la maladie d'Alzheimer ?
- Mon père est éméché. Il s'excitait, et s'agitait dans tous les sens pour nous présenter. Je ne comptais pas lui gâcher son plaisir. Et bravo, vous ne perdez pas le Nord, vous avez réussi à lui vendre une de vos Porsche.
Je ne relevai pas sa phrase. Nous nous arrêtâmes à un buffet pour admirer le feu d'artifice. La foule s'extasiait devant la beauté du spectacle et moi devant celle de Maria.