Novembre 1957.
William Benson était devenu très célèbre en Angleterre depuis qu'il écrivait des
articles concernant les phénomènes étranges et paranormaux. Son bureau, pourtant
de taille imposante, croulait sous les lettres. En général, le courrier qu'on
lui adressait, manquait cruellement d'originalité et d'intérêt. La plupart des
gens restaient des admirateurs inconditionnels. Les autres, imaginaient pour le plus grand nombre
des histoires rocambolesques juste pour qu'on les remarque et pour qu'on parle
d'eux dans les journaux et les magazines. Mais William Benson connaissait son
métier et savait parfaitement où il mettait les pieds. Son expérience et son talent
incitaient tous les jeunes journalistes à lui ressembler. Bien sûr, il ne se considérait pas
comme le meilleur. Sa profession, il l'exerçait avec passion et chaque conseil que
ses collègues lui donnaient, lui apportait beaucoup dans certaines situations délicates. Il ne
cessait d'étudier le comportement de chacun sans être pour
autant totalement satisfait. La nature humaine est si complexe qu'on ne peut la
connaître entièrement. Au crépuscule de notre vie, nous ne saurons qu'une infime partie de
la vérité.
Une centaine de dossiers étaient empilés sur son bureau mais l'un
d'eux attira plus particulièrement son attention. Mr et Mrs MacNee, résidant
près d'Aberdeen en Écosse dans un somptueux manoir, rencontraient des problèmes
avec des objets qui se déplaçaient tout seuls. Le journaliste considéra cette
lettre avec intérêt. Il n'avait jamais écrit d'articles sur ces phénomènes et ce
couple donnait des explications très précises et surprenantes. Un numéro de
téléphone figurait en haut de la première page, William Benson décida de les
appeler.
-
Allo, répondit une belle voix claire.
-
Mrs MacNee ? Ici William Benson du journal "Strange News" de Londres.
-
Mr Benson ! Quelle joie de vous entendre ! J'espérais vraiment avoir de vos
nouvelles.
-
C'est chose faite, Mrs MacNee. Le courrier que vous m'avez fait parvenir a
retenu toute mon attention, surtout les déplacements d'objets. Ces
manifestations ne sont pas très courantes.
-
En effet, ceci est très difficile à croire pour les personnes qui ne les vivent
pas. Mais je peux vous assurer que c'est la vérité. Mes voisins semblaient
sceptiques lorsque je leur racontais ces histoires, jusqu'au jour où ils ont
souhaité passer la nuit au manoir pour nous prouver que tout ceci faisait partie
de notre imagination.
-
Et alors ?
-
Ils n'ont jamais voulu revenir et ont même décidé de vendre leur maison pour
aller s'installer à Édimbourg.
-
Je suppose qu'ils ont été témoins de ces phénomènes alors qu'ils ne s'y
attendaient pas.
-
Tout à fait. Ma voisine, après avoir passé une nuit agitée dans notre demeure,
n'a cessé de trembler comme une feuille. Elle a déclaré qu'elle ne mettrait plus
les pieds chez moi de toute sa vie. Son mari, quant à lui, m'a demandé comment
je pouvais supporter tout ça.
-
Et que lui avez-vous répondu ?
-
Je lui ai expliqué que ce manoir était un héritage de mon père et qu'il était
hors de question que je déménage malgré ces problèmes. Alors, il m'a signifié
que j'étais la femme la plus inconsciente qu'il connaisse.
Le journaliste comprenait que Mrs MacNee veuille rester au manoir.
Le meilleur conseil que pouvait lui donner une personne sensée : quitter les
lieux. " Mais dans la vie, il vaut mieux affronter les problèmes plutôt que les
fuir ", pensa-t-il.
- Je devrais vous rendre une petite visite pour constater
moi-même ces phénomènes.
-
Je ne demande qu'à vous rencontrer. Vous êtes mon seul espoir pour élucider ce
mystère.
La notoriété de William Benson l'obligeait à régler les soucis des
gens mais il se sentait parfois dépassé, comme à cet instant précis.
-
Mrs MacNee, sans vouloir vous décevoir, je ne sais pas si je pourrai régler
votre problème, du moins essaierai-je de le
comprendre.
-
Bien entendu. Quand pourrez-vous nous rendre visite ?
-
Dans deux jours. Nous serons mercredi, disons en fin de
matinée...
-
Ça me convient tout à fait. Vous venez en train ?
-
Oui.
-
Alors je dirai à mon chauffeur d'aller vous chercher à la gare. Seul, il vous
serait difficile de trouver l'endroit où nous habitons, c'est plutôt
retiré.
-
C'est très gentil de votre part.
-
C'est la moindre des choses. Mon mari sera très heureux de faire votre
connaissance.
-
Alors, à mercredi, Mrs MacNee.
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