Extrait du chapitre
3
Il
fallait savoir jusqu'à quel point le crabe avait mordu. Ses pinces semblaient
plus que diaboliques. Pour l'imager davantage, je décidai d'appeler cette
bestiole Crabiator, tant elle me donnait l'idée d'une infâme créature venue
de nulle part pour tout détruire sur son passage. Joëlle accueillit cette
dénomination d'abord avec circonspection, pour finalement l'adopter sans
retenue. La machine médicale se mit donc en marche pour tracer la géographie du
bobo. Elle ajouta sa gigantesque et affolante mécanique à ce Crabiator déjà bien
pinçant, à défaut d'être bien pensant.
Extrait du chapitre
4
Crabiator nous avait fait présent d'un collier de
perles, dont chacune représentait un rendez-vous. La perle suivante
correspondait à une dame chargée de scruter le cœur de mon humaine. Bonne
surprise : son cœur allait, lui aussi, passer à la radio-photo. Enfin, le monde
bobolesque se rendrait compte de tout ce que mon humaine avait pu donner au
cours de sa vie (beaucoup) et peut-être de ce qu'elle avait reçu (trop peu), ce
qui à mon humble avis de nourse, pouvait expliquer beaucoup de choses, y compris
l'apparition de cette méchante bestiole de Crabiator.
Cette
bobol était une « rigolote » : sa porte était habillée d'une multitude de cœurs
en tissu. Pour en afficher ainsi en plusieurs exemplaires, elle devait en avoir
un énorme au fond d'elle ! J'en fus rassurée. Pourtant, dans le bureau-même, les
jolies pièces d'étoffe cédèrent leur place à la mécanique : nous retrouvâmes
ainsi l'appareillage infernal, à laquelle s’ajouta une abondante « filasserie ».
Je n'arrivais pas à comprendre pourquoi il fallait tant de matériel pour
découvrir dans le cœur de Joëlle qu'elle était une fille chouette, même si elle
était spéciale.
–
Bon, il n'y a rien, conclut cette bobol particulière.
Quoi
? Il n'y avait rien dans le cœur de mon humaine adorée ? Ces simples paroles
firent faire au mien dix allers-retours de la pointe de mes oreilles jusqu'à
l'extrémité de mes pattes. Qu'était-ce donc que cette machinerie menteuse comme
un arracheur de dents ?
–
Qu'as-tu,Clara ? me demanda Joëlle en sortant, étonnée de ma mine écoeurée et de
mes prunelles plus noires que d'habitude.
– Tu
as entendu ce qu'a dit cette bobol ? Qu'il n'y avait rien dans ton cœur
?
–
Non, Clara, répondit Joëlle, en lâchant quelques grelots de rire. Ce n'est pas
ce que tu crois. Elle a simplement voulu dire qu'elle n'avait rien repéré
d'anormal dans son fonctionnement.
Pour
voir mon humaine rire de la sorte, je serais retournée mille et une fois chez la
bobol aux cœurs.
Extrait du chapitre 5
Elle
marqua une pause, considéra le matériel avec une sorte d'incrédulité, puis
soudain s'affola.
– Je
vais la détacher, dit-elle très vite. Je veux m'en aller d'ici. Viens vite,
Clara, on s'en va tout de suite. Vérifie s’il y a quelqu'un près de la porte de
sortie.
– Je
ne te suivrai pas, répondis-je fermement.
-
Quoi ? Tu me ferais ça ? s'offusqua-t-elle, en me fixant droit dans les
prunelles.
–
Oui, répliquai-je, sûre de moi, bien qu'il m'en coûtât de la contrecarrer si
durement dans cette situation critique.
– Oh
! Clara !
J'essayais autant que possible de donner dans
l'assurance, et de ne pas flancher face à sa détresse. La position que Crabiator
me forçait à adopter était difficile. Si je me moquais souvent des manies de mon
humaine, je n'avais pas l'habitude de m'opposer à elle dans des moments
graves.
– Je
suis venue pour être avec toi le temps qu'il faudra, continuai-je, pas pour
détaler comme une lapine au bout de cinq minutes et risquer de me rompre les os
dans l'escalier.
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