VIENS CLARA, ON Y VA
 
© Clara NOURSE
 
Extraits
 
 
Extrait du chapitre 3
 
Il fallait savoir jusqu'à quel point le crabe avait mordu. Ses pinces semblaient plus que diaboliques. Pour l'imager davantage, je décidai d'appeler cette bestiole Crabia­tor, tant elle me donnait l'idée d'une infâme créature venue de nulle part pour tout détru­ire sur son passage. Joëlle accueillit cette dénomination d'abord avec circonspection, pour finalement l'adopter sans retenue. La machine médicale se mit donc en marche pour tracer la géographie du bobo. Elle ajouta sa gigantesque et affolante mécanique à ce Crabiator déjà bien pinçant, à défaut d'être bien pensant.
 
 
Extrait du chapitre 4
 
Crabiator nous avait fait présent d'un collier de perles, dont chacune représentait un rendez-vous. La perle suivante correspondait à une dame chargée de scruter le cœur de mon humaine. Bonne surprise : son cœur allait, lui aussi, passer à la radio-photo. Enfin, le monde bobolesque se rendrait compte de tout ce que mon humaine avait pu donner au cours de sa vie (beaucoup) et peut-être de ce qu'elle avait reçu (trop peu), ce qui à mon humble avis de nourse, pouvait expliquer beaucoup de choses, y compris l'apparition de cette méchante bestiole de Crabiator.
 
Cette bobol était une « rigolote » : sa porte était habillée d'une multitude de cœurs en tissu. Pour en afficher ainsi en plusieurs exemplaires, elle devait en avoir un énorme au fond d'elle ! J'en fus rassurée. Pourtant, dans le bureau-même, les jolies pièces d'étoffe cédèrent leur place à la mécanique : nous retrouvâmes ainsi l'appareillage infernal, à laquelle s’ajouta une abondante « filasserie ». Je n'arrivais pas à comprendre pourquoi il fallait tant de matériel pour découvrir dans le cœur de Joëlle qu'elle était une fille chouette, même si elle était spéciale.
 
– Bon, il n'y a rien, conclut cette bobol particulière.
 
Quoi ? Il n'y avait rien dans le cœur de mon humaine adorée ? Ces simples paroles firent faire au mien dix allers-retours de la pointe de mes oreilles jusqu'à l'extrémité de mes pattes. Qu'était-ce donc que cette machinerie menteuse comme un arracheur de dents ?
 
– Qu'as-tu,Clara ? me demanda Joëlle en sortant, étonnée de ma mine écoeurée et de mes prunelles plus noires que d'habitude.
 
– Tu as entendu ce qu'a dit cette bobol ? Qu'il n'y avait rien dans ton cœur ?
 
– Non, Clara, répondit Joëlle, en lâchant quelques grelots de rire. Ce n'est pas ce que tu crois. Elle a simplement voulu dire qu'elle n'avait rien repéré d'anormal dans son fonctionnement.
 
Pour voir mon humaine rire de la sorte, je serais retournée mille et une fois chez la bobol aux cœurs.
 
 
Extrait du chapitre 5
 
Elle marqua une pause, considéra le matériel avec une sorte d'incrédulité, puis soudain s'affola.
 
– Je vais la détacher, dit-elle très vite. Je veux m'en aller d'ici. Viens vite, Clara, on s'en va tout de suite. Vérifie s’il y a quelqu'un près de la porte de sortie.
 
– Je ne te suivrai pas, répondis-je fermement.
 
- Quoi ? Tu me ferais ça ? s'offusqua-t-elle, en me fixant droit dans les prunelles.
 
– Oui, répliquai-je, sûre de moi, bien qu'il m'en coûtât de la contrecarrer si durement dans cette situation critique.
 
– Oh ! Clara !
 
J'essayais autant que possible de donner dans l'assurance, et de ne pas flancher face à sa détresse. La position que Crabiator me forçait à adopter était difficile. Si je me moquais souvent des manies de mon humaine, je n'avais pas l'habitude de m'opposer à elle dans des moments graves.
 
– Je suis venue pour être avec toi le temps qu'il faudra, continuai-je, pas pour détaler comme une lapine au bout de cinq minutes et risquer de me rompre les os dans l'escalier.